XXXIII. Comment le dogme de l'expiation s'est-il constitué?

Bien que les paroles et les actes de Jésus l'eussent profondément frappé, Saül ne parvint jamais à rejeter tout à fait les, anciennes leçons rabbiniques. Le christianisme qu'il prêcha représenta ainsi une profonde déformation des enseignements d'amour simples et harmonieux de Jésus, déformation qui était due, d'une part, à la grande confiance que Saül avait en lui-même et, d'autre part, aux incessantes intrusions de l'Aîné.
Dieu, qui dans sa compassion infinie avait intégré dans Sa Pensée les pitoyables créatures de ses enfants déchus et qui avait ainsi fait participer les Humains à la vie éternelle, n'avait aucunement besoin d'exiger un sacrifice sanglant en expiation des péchés et des vices des Humains. Expliquer la mort de Jésus sur la croix comme étant le sacrifice de "l'agneau expiatoire" dont le sang devait purifier tous les pécheurs est donc une idée purement blasphématoire - glissée dans les pensées de Saül par l'Aîné.
Le sacrifice des animaux est une coutume très ancienne qui remonte aux Mlaiwa qui vivaient dans le pays du Pacifique, et malgré le sens purement symbolique que Saül avait initialement voulu donner à l'image de Jésus comme agneau expiatoire, ce symbole ne peut s'expliquer que par l'influence des Ténèbres. Pour pardonner leurs péchés aux Humains, Dieu n'a en effet jamais exigé et n'exigera jamais que soient accomplis de tels actes.
Au début, les repas commémoratifs que l'on partageait dans les communautés fondées par les apôtres se tinrent uniquement pour célébrer les adieux de Jésus à ses amis, et c'est l'interprétation de Saül qui leur donna un autre sens.
Les paroles que Saül utilisa pour expliquer l'acte de Jésus lui furent instillées par l'Aîné, et toutes les collectivités religieuses qu'il avait fondées - et celles qui furent fondées par la suite - adoptèrent ses paroles, qui finirent par si bien s'intégrer dans les pensées de tous qu'à l'époque des évangélistes, on les prêta à Jésus.
De l'acte symbolique qu'il fut, le repas devint de plus en plus matériel, jusqu'à ce que le pain et le vin fussent considérés comme l'expression visible de "la véritable chair et du véritable sang de Jésus" (Jn. 6:53-56).

Les Chrétiens qui croient obtenir la rémission des péchés et qui croient pouvoir participer à la béatitude céleste en "consommant la chair de leur dieu1 et en buvant son sang" se placent sur le même stade religieux que celui des peuples que l'on appelle Païens - et ce, même s'ils ne considèrent l'eucharistie que comme un symbole.
Ceux qui communient parce qu'ils en ont l'habitude ou parce que cela est d'usage, commettent un acte inconvenant, et à ceux des serviteurs de l'église qui dans leurs coeurs éprouvent du dégoût pour cette coutume - qui remonte à de très anciennes cérémonies païennes - et qui, néanmoins, continuent d'administrer les espèces aux communiants parce qu'ils n'osent s'opposer à des dogmes conçus et consacrés par les hommes, il incombe une très lourde responsabilité.
De nombreux Chrétiens communient parce qu'ils ont confiance en la vérité sacramentelle que la tradition prête à l'eucharistie, se sentent très souvent consolés et encouragés. La paix et la force spirituelles qu'ils reçoivent ne proviennent cependant pas du "sacrement" mais du sincère repentir avec lequel ils prient pour demander à Dieu - ou au Christ - d'absoudre leurs péchés. Une prière fervente, venant du coeur, ne manque en effet jamais de s'unir à la Pensée de Dieu, et la réponse donnée est ressentie comme une paix profonde et sans nom.
Aucun être humain ne peut se libérer de ses péchés par le sacrement de l'eucharistie, et c'est à chacun de les expier selon la loi du talion que Dieu a établie, soit - s'il s'agit d'un pécheur non repenti - en subissant les retours de la pensée ou de l'acte coupables, soit - s'il s'agit d'un pécheur repenti - en donnant, au cours de ses incarnations futures, amour et miséricorde à ceux qui ont été victimes de ses péchés.
Ce que les hommes perpètrent, que ce soit à l'encontre de Dieu ou de l'élément divin en eux-mêmes, ne peut être expié que par une douleur et un repentir sincères. Aucun être humain ne peut prendre sur lui la souillure des péchés commis par un autre, et, par sa mort sur la croix, l'aîné des Cadets n'a pas pris sur lui les péchés des hommes - ni ne les a non plus expiés.2 Il est cependant toujours possible d'atténuer les souffrances qui attendent un coupable si l'on prie avec ferveur, parce qu'une prière altruiste venant d'un coeur empli d'amour et de compassion attire toujours la Lumière sur ceux pour qui l'on prie. Et puisque ce flot de Lumière dissipe les Ténèbres qui encerclent le pécheur ou le criminel, l'esprit gardien - la conscience - est mieux en état d'intervénir, et ses injonctions sont plus faciles à suivre. Les hommes peuvent de cette manière s'entraider et se soutenir mutuellement.3
Ce serait une joie pour l'aîné des Cadets de voir les Chrétiens comprendre le véritable sens de la communion, et de les voir en faire une fête commémorative que l'on célèbre le soir du Jeudi saint, soit dans les églises soit dans les foyers, car ce serait alors rejoindre assez largement son intension lorsqu'il était Jésus de Nazareth, et qui était celle d'être commémoré en ce soir par tous ceux qui l'aiment.

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Il est impossible ici de continuer à détailler les récits plus ou moins corrects sur la vie et les actes de Jésus que l'on trouve dans les Évangiles, ou dans les textes qui, au fil des ans, y ont été insérés ou ajoutés. Ce travail serait excessif, voire insurmontable, pour le médium. Ceux qui se sentent appelés à rechercher les pépites d'or qui existent dans les quatre Évangiles pourront s'appuyer sur ce que nous venons de mentionner.
On ajoutera uniquement que personne n'a le droit de reprocher aux évangélistes les messages erronés, déformés ou complètement inexacts qu'ils ont transmis à la postérité, puisque rien n'a été consigné du vivant de Jésus. Pour que cela fût fait, on dut attendre une génération, et, dans cet intervalle, les paroles de Jésus et les récits sur sa vie et ses miracles volèrent de bouche à oreille; et comme l'on brodait ou que l'on éliminait, une reconstitution historique et véridique détaillée était hors du possible. On ne doit pas non plus oublier que c'est l'Aîné qui est responsable de la plupart des déformations, des contradictions et des inexactitudes. Et en outre, malgré l'aide importante apportée par plusieurs Cadets, qui étaient désincarnés à cette époque et qui ont inspiré les évangélistes, il était impossible de parvenir à la stricte conformité avec la vérité tant que l'Aîné n'était pas libéré du Joug des Ténèbres.
Les apôtres ne sont pas les auteurs des Évangiles. Celui qui porte le nom de saint Jean fut écrit par un de ses disciples, qui était d'origine grecque. Cet Évangile fut compilé et parfait après la mort de l'apôtre, vers la fin du premier siècle. On en avait cependant consigné quelques fragments plus tôt, fragments que l'on avait lus lors des réunion des communautés. Seule une très petite partie de l'ouvrage entier fut connue et approuvée par l'apôtre Jean.
Rien ne permet de considérer l'Apocalypse comme une révélation divine. Elle porte en tout et pour tout l'empreinte de l'Aîné, et son auteur terrestre n'est aucunement identique à l'auteur homonyme de l'Évangile.
Les actes des apôtres et les multiples épîtres que se trouvent dans le Nouveau Testament doivent uniquement être considérés comme des lectures plus ou moins édifiantes. Les récits sur les actes des apôtres ne sont pas tous conformes à la vérité, et les épîtres ne proviennent pas toutes des personnes auxquelles on les attribue.